(c) Manuel Mendoza

Noël avec un trouble alimentaire: « tout tourne autour de la nourriture »

Tout le monde n’a pas la chance de passer les fêtes entouré de ses proches et autour d’une table garnie. Le témoignage de Rhune, 23 ans.

Noël avec un trouble alimentaire

« Les fêtes de fin d’année sont hyper critiques pour les personnes souffrant de troubles alimentaires. Depuis la dinde de Noël jusqu’aux bulles du Nouvel An, tout tourne autour de la nourriture. Pire encore que d’y être constamment confronté, c’est le peu de contrôle qu’on a sur les plats qui seront servis. Pendant l’année, j’arrive à contourner le problème en invitant mes amis chez moi, mais les réveillons s’organisent en général à plusieurs.

Il y a quelques années, les préparatifs m’avaient tellement angoissée que j’avais zappé les fêtes : mes amis voulaient faire des pizzas, des bouchées au four et des frites ! Je m’en serais peut-être sortie pendant la soirée, mais le risque était trop grand que je surcompense ensuite en me serrant encore plus la ceinture ou en faisant du sport à outrance.

« Je connais mes limites et je les respecte »

Depuis, ça va mieux côté alimentation : je connais mes limites et je les respecte, ce qui ne m’oblige plus à éviter les fêtes. Mais je préfère quand même toujours celles en petit comité : une safe place avec des gens qui connaissent mes troubles et où je peux être moi-même. Le plus difficile pour moi n’est plus le trouble alimentaire en tant que tel, mais tout ce qu’il y a derrière. Cela fait tellement d’années que j’utilise ma focalisation sur la nourriture pour bloquer toute forme d’émotion et éviter de faire face aux différentes pertes que j’ai subies.

Il fallait que je change quelque chose en moi ! Je me suis mise à tenter d’être aussi parfaite que possible de l’extérieur : je me disais que si je m’appréciais physiquement, le reste suivrait.

Au cours de mes troisième et quatrième années de secondaire, plusieurs personnes qui comptaient beaucoup pour moi sont parties, des amis qui ont changé d’école entre autres. J’ai pensé que c’était ma faute, que je ne valais pas assez pour qu’ils aient envie de rester. Ma scolarité aussi a mal tourné : je suis de nature plutôt expansive, ce qui m’a valu beaucoup de remarques dans le journal de classe, des heures de colle et même un redoublement. J’avais une perception de moi-même catastrophique. Il fallait que je change quelque chose en moi ! Je me suis mise à tenter d’être aussi parfaite que possible de l’extérieur : je me disais que si je m’appréciais physiquement, le reste suivrait.

Le déclic

Ce n’est que lorsque j’ai dû être hospitalisée que j’ai compris que mes troubles alimentaires faisaient partie du problème et n’étaient pas la solution. Ils m’avaient tenu compagnie pendant tellement d’années — à une époque où j’avais l’impression de ne pouvoir compter sur personne — que c’était devenu compliqué de m’en défaire. Un trouble alimentaire, c’est un peu comme une personne à l’intérieur de soi vers laquelle on peut se tourner à tout moment, surtout quand il n’y a personne autour. Si vous respectez ses dictats — comme manger peu et beaucoup marcher —, vous rendez cette partie de vous-même très satisfaite. Une forme de bonheur qui n’a rien à voir avec le vrai bonheur, mais on finit par confondre les deux. A minima, on a une sensation de contrôle.

Dans mon processus de guérison, le plus difficile, ça a été d’oser éprouver ces sentiments lourds que mon trouble permettait d’occulter.

Dans mon processus de guérison, le plus difficile, ça a été d’oser éprouver ces sentiments lourds que mon trouble permettait d’occulter. Déjà parce que j’ai appris à ne rien ressentir, mais aussi parce que j’ai terriblement peur que ces émotions soient si intenses qu’elles finissent par me submerger. Et pourtant, j’y suis parvenue, grâce aux conseils et aux outils proposés ici. En me confrontant de plus en plus souvent à mes peurs, je remarque que quelle que soit la douleur, je me sens finalement assez solide pour les supporter.

Un conseil pour ceux qui recevront pour Noël des personnes souffrant de troubles alimentaires : soyez attentifs, mais n’en faites pas toute une histoire non plus, nous avons déjà l’impression que tous les regards sont braqués sur nous pendant le repas… Et demandez comment ça va, pas juste pour la forme, mais vraiment. Parler ouvertement de santé mentale met beaucoup de gens mal à l’aise, en particulier les générations plus âgées, alors que justement, je trouve ça bien d’en parler. Oser dire comment que je me sens vraiment — bien comme mal — et partager sans retenue à ce sujet me semble être l’un des meilleurs moyens pour qu’un jour, ce trouble alimentaire appartienne à mon passé. »

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